La soirée à Berger

Une « soirée citoyenne » rassemblant 700 personnes « triées sur le volet » appelant d’une seule voix à faire respecter « l’égalité républicaine ».

Une soirée aux propos sucraillés où les people se succèdent pour crier leur foi en l’amour « qui est tout », en l’amour qui « doit être plus fort que tout », en l’amour qui est universel.

Une soirée de mièvreries « pour l’égalité, rien que l’égalité », pour « la liberté d’être soi » et où « ce qui compte c’est l’amour ».

Une soirée où l’on dénonce, la main sur le cœur, la « marée noire de l’homophobie ancestrale » et la discrimination qu’est « indiscutablement » le refus du mariage pour tous.

Une soirée où l’on décrie les « cervelles gelées » qui ne comprennent pas que « leur croisade » ne les mènera à rien.

Une soirée sans cette « partie de Français encore cautérisés dans le Moyen-âge ».

Une soirée avec Laurence Ferrari, Lilian Thuram, Pierre Arditi, Jane Birkin, Lara Fabian, Line Renaud, Laurent Ruquier, Christophe Alévêque, Valérie Trierweiller et tous les autres.

Une soirée sous le haut patronage intellectuel de Bernard-Henri Levy et de Michel Onfray.

Une soirée sous le haut patronage politique de Taubira et Bachelot.

Une soirée sous le haut patronage artistique de Jean-Michel Ribes.

Une soirée sous le haut patronage financier de Pierre Berger.

 

Une soirée arc-en-ciel.

 

Un arc en ciel aux couleurs du droit opposable à l’enfant et de l’égoïsme des hommes.

Un arc en ciel où l’on crée des enfants sans père et des enfants sans mère.

Un arc en ciel où l’on ne se soucie pas que des vieux pleurent encore de n’avoir pas connu leur père ou d’avoir trop peu connu leur mère.

Un arc en ciel marqué au fer rouge d’une idéologie progressiste aveugle.

Un arc en ciel de l’uniformité monochrome.

Un arc en ciel où les moutons de panurges de l’égalitarisme suivent le berger de la pensée politiquement correcte.

Il fallait bien un Berger pour rassembler ces moutons-là !

On ne m’y reprendra pas souvent mais je cite Calogero

Extrait de « Si seulement je pouvais lui manquer »

Est ce qu’il va me faire un signe?
Manquer d’amour n’est pas un crime
J’ai qu’une prière à lui adresser
Si seulement je pouvais lui manquer

Je vous dirais simplement
Qu’à part ça
Tout va bien
A part d’un père
Je ne manque de rien
Je vis dans un autre monde
Je m’accroche tous les jours
Je briserai le silence
Qui m’entoure

Aussi vrai que de loin je lui parle
J’apprends tout seul à faire mes armes
Aussi vrai qu’ j’arrête pas d’y penser
Si seulement je pouvais lui manquer

Est ce qu’il va me faire un signe?
Manquer d’un père n’est pas un crime
J’ai qu’une prière à lui adresser
Si seulement je pouvais lui manquer

Est ce qu’il va me faire un signe?
Manquer d’un père n’est pas un crime
J’ai qu’une prière à lui adresser
Si seulement…
Je pouvais lui manquer…

Laurent Joffrin, le petit doigt sur la couture du pantalon!

Un article de Laurent Joffrin du 5 novembre dernier m’avait échappé. Il est intitulé « mariage homosexuel : la fin d’une discrimination millénaire ». En substance, Laurent Joffrin considère que le mariage et l’adoption par des couples homosexuels ne pose aucun problème pour les enfants. Au contraire même, ce qui trouble souvent les enfants, c’est le regard des autres, de sorte qu’il faut absolument donner un cadre légal aux couples homoparentaux. En autorisant le mariage homo, on éviterait la stigmatisation…

Mais bien sûr !

Ce qui trouble les enfants de couples homosexuels, ce n’est pas d’avoir deux pères ou deux mères –et donc, respectivement, pas de mère ou pas de père- c’est que leurs deux pères ou deux mères ne soient pas mariés !

-Allez Lolo, tu nous as vraiment pris pour des cons sur ce coup là…

Mais en poursuivant la lecture, je comprends mieux ce qui le conduit à de telles conclusions absurdes.

Laurent Joffrin écrit en effet qu’il est persuadé que ce qui heurte aujourd’hui (le mariage et l’adoption par des couples homosexuels) sera demain banalisé. « Sauf –poursuit-il- sur deux points qui posent des problèmes plus redoutables : la procréation assistée et la gestation pour autrui qui, par leurs implications radicalement neuves, méritent un débat particulier, bien au-delà du mariage homo. »

Et il termine (ou presque) en écrivant : « Un débat que le gouvernement a laissé ouvert. » !

Ouf!

Le hasard fait donc que Laurent Joffrin épouse (ce qui est normal pour ce grand défenseur du mariage) parfaitement la position de François Hollande et du Gouvernement : le mariage et l’adoption ne posent aucun problème, pas besoin de débat, pas besoin de délai, pas besoin de référendum ; mais attention, pour la PMA et la gestation pour autrui, il faut encore réfléchir un peu…

Et heureusement, notre bon gouvernement l’a compris et ne nous privera pas de ce débat là !

Good job Joffrin ! Rompez ! (ou rampez, je ne sais plus…).

Méfiez-vous de Koztoujours

Voici un lien vers un excellent article intitulé « Un seul Dieu et Père ».

http://www.koztoujours.fr/?p=14659

Je n’ai rien à ajouter.

Si: méfiez-vous de ce blog car vous risqueriez d’y passer beaucoup de temps…

 

Renaud Dély et les idiots utiles

Renaud Dély pense bien et juste.

Il est contre les néo-réacs, les néo-fachos, pour le mariage pour tous, il aime le foot, mais il est contre le fric que les actionnaires qataris déversent sur le PSG, il pense que Sarkozy a perdu l’élection de 2012 dès le 6 mai 2007 vers 21h15 en entrant au Fouquet’s, il est choqué par la politique du « ni-ni » et choqué par le fait que la droite ait exhumé la condamnation pénale de JM Ayrault, il n’aime ni Guéant, ni Zemmour, ni Elizabeth Lévy, etc., il est pour la hausse des impôts et la modification du quotient familial (à condition de faire croire qu’elle ne touche que les « classes moyennes supérieures »), etc.

Renaud Dély est de gauche et il est journaliste au Nouvel Obs (après être passé chez Libé et Marianne). Il est fier de l’un et de l’autre.

Il y a une chose que Renaud Dély aime beaucoup, c’est le concept « d’idiot utile » qui lui permet, sous couvert d’une petite analyse, de traiter d’idiots (utiles) ceux qui ne partagent pas ses idées.

L’« idiot utile » désigne généralement une personne qui, sans le vouloir (ou sans s’en apercevoir), sert une cause qui ne correspond pas forcément à ses convictions ; parfois il désigne aussi simplement celui qui défend aveuglément des convictions. Le concept serait né à propos des communistes occidentaux, idiots utiles de l’URSS parce qu’ils défendaient aveuglément le régime communiste.

L’expression est utilisée à tour de bras par les journalistes (et certains hommes ou femmes politiques) qui trouvent en chacun l’idiot utile de quelqu’un ou d’une cause : Mélenchon est l’idiot utile du capitalisme, Zemmour celui du FN, BHL (selon Zemmour) celui des islamistes, etc.

Loin d’échapper à cette mode, Renaud Dély en a fait son leitmotiv.

Ainsi, en 2009, il écrivait « Besancenot, l’idiot utile du sarkozysme » ; Marianne (où Renaud Dély était alors directeur adjoint de la rédaction) invitait à lire ce livre (article du 4 octobre 2009) en écrivant que Renaud Dély aurait « théorisé » l’intuition de Marianne selon laquelle Besancenot et Sarkozy auraient des intérêts communs ou plutôt des centres d’intérêt communs (taper sur le PS, le PSG, faire de la com’, etc.).

En avril 2012, Renaud Dély expliquait pourquoi Marine Le Pen ferait perdre Sarkozy : et bien, c’est grâce à Patrick Buisson, complice objectif de Le Pen et « idiot utile du lepénisme ».

En septembre 2012, il faisait l’infographie des néo-réacs où il décriait « ces écrivains de seconde zone (…) quelques intellectuels égarés, « idiots utiles » d’une cause perdue, qui, à force de vitupérer « l’antiracisme », ce « communisme du XXIe siècle », selon Alain Finkielkraut, en viennent à cautionner l’intolérable. » C’était l’occasion de mettre dans le même panier Gilbert Collard, Ivan Rioufol, Robert Ménard, Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, Elizabeth Levy, le FN, Alain Soral, Buisson, Longuet, etc.

Une fois encore, Renaud Dély nous a ressorti hier son concept préféré en traitant Frigide Barjot d’« idiote utile du Hollandisme » ; selon lui, Hollande ferait preuve d’une « rouerie tactique redoutable » en acceptant de recevoir Frigide Barjot car ce faisant, il mettrait en scène celle qui serait devenue à la fois la porte parole et la caricature de la droite ! Je crois que c’est accorder un tout petit peu trop d’importance à ladite Frigide Barjot dont, au demeurant, je ne vois absolument pas en quoi elle représenterait la droite ; bien au contraire, elle s’est entourée de personnes de tous bords mais c’est sans doute précisément ce que veut faire oublier Renaud Dély ; mais je reconnais que j’ai bien ri en lisant que la « rouerie tactique redoutable » de Hollande consistait à recevoir Frigide Barjot…

Manifestement, plus qu’un autre, Renaud Dély aime le concept d’idiots utiles.

Mais il serait peut-être temps que Renaud Dély (dont je me demande s’il ne serait pas par hasard un idiot utile de la gauche) trouve autre chose que des « idiots utiles » à tous les coins de rues et de pages.

Amalgame [amalgam] n.m.

L’ »amalgame » est à la fois la rhétorique la plus utilisée et un repoussoir universel : dès que quelqu’un exprime une idée, on assiste -selon le cas- à une condamnation par amalgame ou au contraire à une condamnation au crime d’amalgame.

Et bien si en première analyse, on peut trouver regrettable que ce terme en soit réduit à son utilisation péjorative, il est vrai qu’il y a toujours une sorte de flou…

Pour la plupart des gens, l’amalgame est soit le mélange (un peu obscur) avec lequel un arracheur de dents comble le trou qu’il aura préalablement préparé avec sa fraise, soit la dialectique qui consiste à englober artificiellement, sous prétexte d’un point commun, une personne ou un groupe des personnes dans un autre groupe.

Pourtant l’amalgame a aussi d’autres sens et peut parfois être positif, même s’il semble constamment déchiré entre positif et péjoratif.

En cuisine, l’amalgame est ainsi un mélange d’ingrédients : on pense a priori que cet amalgame culinaire est censé créer les saveurs les plus inouïes et rien de plus. Sans doute, certes, mais lorsque Brillat-Savarin en parle dans la Philosophie du goût (1825), c’est dans le chapitre consacré à l’obésité ! Ainsi écrit-il qu’« avec cet amalgame [de fécule et de sucre], elle [la fécule] est d’autant plus active [à provoquer l’obésité], qu’elle flatte le goût ».

Dans le vocabulaire militaire, l’amalgame est la réunion de troupes d’origines diverses dans une même unité combattante. Bainville écrit ainsi dans son Histoire de France (1924) que « l’amalgame [des volontaires avec des cadres, des chefs instruits] finit par donner des régiments solides et par mettre en valeur le tempérament militaire de la Nation » : que l’amalgame donne un régiment solide, c’est sans doute très positif, mais n’ayant personnellement pas l’esprit martial, la mise en valeur du tempérament militaire de la Nation ne me séduit pas particulièrement…

Enfin, l’amalgame peut également être, tout simplement, un mélange ou une alliance d’éléments hétérogènes parfois contraires (TLF). Là aussi il y a finalement autant de positif que de négatif. Guizot constatait qu’« aucun des éléments de la civilisation européenne n’a exclusivement dominé le cours de son histoire, qu’ils ont vécu dans un état constant de voisinage, d’amalgame, de lutte, de transaction,… ». L’amalgame se trouve ici entre le simple voisinage et la lutte. De son côté César Frank semble regretter qu’« aucun des maîtres anciens n’emploie l’amalgame orgue et orchestre à égalité de force ».

Bref, l’amalgame est tantôt un doux mélange, tantôt une insupportable confusion.

Et pour en revenir à l’amalgame en tant que rhétorique politique, il faut bien admettre qu’il est effectivement exaspérant de se faire englober dans une catégorie sous prétexte d’un point commun.

Et il est encore plus exaspérant que ce soient ceux-là mêmes qui crient quotidiennement au crime d’amalgame, à savoir les hommes politiques de tous bords, qui le pratiquent tout aussi quotidiennement.

La raison réside dans la simplicité et le caractère apparemment percutant du raisonnement qui n’est pourtant rien d’autre qu’un sophisme : Merah est musulman ; Merah tue des gens ; donc les musulmans tuent des gens. Les homophobes sont contre le mariage gay ; tu es contre ; donc tu es homophobe. Pour discréditer son adversaire politique, rien de plus simple en effet que de faire croire à une identité avec une formation politique ou une idée décriée ou inadmissible: quoi de plus simple que de clouer au pilori du fanatisme religieux celui qui exprime une idée que partagent les fanatiques religieux. On crée même parfois des mots ou des expressions pour faire les amalgames dont on a besoin : « cathofascisme », « UMPS », etc.

Tout ça pour dire que les amalgames sont certes insupportables, mais que j’en viens à détester encore plus le fait d’entendre tous les jours un politique nous dire « pas d’amalgame, pas d’amalgame, pas d’amalgame…. » !

Un Serval, des cerveaux: les grands consensus

Il y a deux sujets qui semblent assez régulièrement provoquer un consensus populaire et politique en France : le football et la guerre.

1. Les cerveaux d’abord:

Lorsque l’équipe de France de football remporte une victoire, on voit systématiquement des foules de gens descendre dans la rue et s’embrasser : des syndicalistes embrassent des patrons, des militants du FN embrassent des étrangers, des électeurs de Hollande embrassent des sarkozystes, des fillonistes tendent la main à des copéistes ; et de son côté, la classe politique se félicite unanimement de la belle victoire d’une équipe solidaire qui prouve que « tous ensemble » on peut gagner ou que le sentiment d’appartenance nationale n’a pas totalement disparu.

Bref, la foule est en liesse, la classe politique se félicite, et on a l’impression, finalement, que quelqu’un a inventé le vaccin contre le Sida quand en réalité on est simplement face à quelques coureurs décérébrés qui ont réussi à mettre un ballon au fond des filets.

2. Serval ensuite:

Le second sujet qui est toujours à l’origine d’un consensus national est la guerre : certes, il n’y a pas de liesse populaire dans ce cas ; mais le consensus est néanmoins, là aussi, à la fois populaire et politique. Ainsi, dans le cas de l’intervention de la France au Mali, comme cela avait été le cas pour la Lybie, les Français sont majoritairement favorables à l’intervention militaire et, parmi la classe politique, personne ne dit autre chose que « je suis d’accord, mais j’ai une question ». Et on retrouve le même consensus lorsque la France refuse d’entrer en guerre comme cela avait été le cas pour la deuxième guerre d’Irak.

Face à la guerre, les Français comme un seul homme se lèvent derrière leur chef miliaire, pour approuver une décision d’intervention ou une décision de non intervention…

Mais s’agissant de l’intervention française au Mali, dite « opération Serval », une chose est sûre : la France est seule. A part quelques engagements de lui apporter un « soutien logistique », ni les Américains, ni nos partenaires européens n’apportent leur soutien militaire à la France (et accessoirement au Mali).

Alors, on ne peut s’empêcher de penser au jour où la France a refusé d’apporter son aide (diplomatique au sein du Conseil de sécurité puis militaire sur le terrain) aux Etats-Unis ; au jour où, au terme d’un beau discours plein de trémolos de Dominique de Villepin à la tribune de l’ONU, la France avait dit qu’elle n’autoriserait pas l’intervention en Irak parce que « la guerre est toujours la sanction d’un échec » et que le France «  gardien[ne] d’un idéal et (…) d’une conscience » se doit de privilégier le désarment dans la paix.

Et on ne peut pas non plus s’empêcher de penser que François Hollande a montré sa capacité à revenir sur des engagements internationaux de la France lorsqu’il a annoncé et mis en œuvre le retrait prématuré des troupes françaises d’Afghanistan contre la promesse qu’avait faite son prédécesseur.

Démocratie directe (la manif vue de Suisse)

Voici un lien vers un article publié par un journal suisse:

http://www.lesobservateurs.ch/2013/01/14/le-peuple-de-france-prive-de-democratie/

C’est sûr que vu de Suisse, où la démocratie directe est quasiment le principe, le refus obstiné d’organiser un référendum est difficilement compréhensible.

Mais il est vrai qu’en France, cela fonctionne un peu différemment.

On y considère en effet que la souveraineté appartient à l’ensemble formé par le peuple, c’est-à-dire à la Nation (c’est la souveraineté nationale) et non directement au peuple. Ce principe a permis d’écarter en France la démocratie directe au profit de la démocratie représentative dans laquelle les représentants élus n’ont pas de mandat impératif mais un mandat représentatif (la Constitution de 1958 précise d’ailleurs expressément que tout mandat impératif serait nul). 

En effet, dans un système de démocratie directe, les lois ne pourraient être votées que directement par le peuple (référendum) ou par le biais de représentants disposant d’un mandat impératif : c’est la théorie de Rousseau qui considère que le peuple est souverain et que, sauf à ne plus l’être, il ne peut pas aliéner ou déléguer sa souveraineté à des représentants (sauf s’ils ont un mandat impératif de courte durée).

Face à cette méfiance de Rousseau vis-à-vis des représentants, Sieyès avait développé l’idée que la souveraineté n’appartient pas au peuple mais à la Nation : dès lors, puisqu’ils ne représentent pas ceux qui les élisent mais la Nation entière, les représentants ne peuvent pas disposer d’un mandat impératif, mais seulement d’un mandat représentatif. 

C’est assez schématiquement l’idée qui prévaut en France depuis la Révolution ; et cette idée de démocratie représentative est justifiée –au-delà des principes juridiques ou philosophiques- par un argument pratique selon lequel il est difficile, dans un grand Etat, d’organiser un système de démocratie directe. 

Seulement, au-delà de cet argument pratique, il y en a un autre beaucoup mois « glorieux » qui est qu’à la méfiance qu’exprimait Rousseau vis-à-vis des représentants s’est substituée une méfiance vis-à-vis du peuple considéré comme ignorant. 

La théorie est loin d’être nouvelle : Montesquieu qui était favorable au système représentatif y voyait la garantie d’être gouverné par des hommes instruits, plutôt que par un peuple analphabète.

Mais ce qui est plus étonnant, c’est de retrouver cette théorie et la méfiance vis-à-vis d’un peuple considéré comme inapte à « discuter les affaires » (pour reprendre les termes de Montesquieu dans L’esprit des Lois) sur le site Internet de l’Assemblée Nationale. On peut en effet y lire que  »La démocratie directe comporte des avantages évidents, en donnant aux citoyens la possibilité d’influer directement sur certaines décisions et d’en prendre la responsabilité. Le développement des moyens d’information et l’élévation générale du niveau des connaissances permet de recourir à ce mode d’expression et de décision, avec beaucoup moins de risques que ce n’était le cas dans le passé. Pour autant, très souvent, les décisions à prendre sont complexes, les débats très techniques, les données à prendre en considération multiples ; le vote populaire et le débat public ne sont pas nécessairement propices à une décision sereine, nuancée et équilibrée. De plus, dans un pays de soixante millions d’habitants, comptant plus de quarante millions d’électeurs, on ne peut convoquer le corps électoral à tout propos, sur des sujets nombreux et très divers. La démocratie représentative reste une nécessité ».

On retrouve donc, à la fin de cet extrait, l’argument matériel justifiant la démocratie représentative, mais on y retrouve surtout -avec des mots certes moins directs que ceux de Montesquieu- la méfiance absolue de nos élus vis-à-vis du peuple : très clairement, pour nos députés, nous ne sommes pas aptes à « discuter les affaires » c’est-à-dire à avoir un débat public ; très clairement aussi, le fait de nous donner la parole directement comporterait des risques. 

On comprend mieux le refus obstiné de François Hollande de faire droit à la demande de référendum : nous ne sommes pas aptes à avoir un débat, nous ne sommes pas aptes à prendre une décision sereine, nuancée et équilibrée, et plus encore, nous donner la parole comporterait des risques. 

En fait, nous sommes bêtes et dangeureux.

Mais à en croire nos députés, nous pouvons nous consoler car nous le sommes moins qu’autrefois grâce « à l’élévation générale du niveau des connaissances »…

Elle doit être contente Mme Vallaud-Belkacem!

En novembre dernier, avant la première manifestation, elle avait prévenu: « Nous n’accepterons aucun dérapage. Les instrumentalisations et l’agitation des amalgames et des fantasmes ne sont pas à la hauteur de l’enjeu de cette réforme »!

Alors elle doit être contente car il a eu lieu le dérapage !

Grâce à Xavier Bongibault, homosexuel opposé au « mariage pour tous » et à l’adoption par les couples homosexuels, organisateur de la manifestation qui a -il est vrai stupidement et dans le feu de l’action-  fait un parallèle entre les partisans du mariage gay et la politique des nazis.

Il n’en fallait pas plus pour que Mme Taubira, M. Harlem Désir, Mme Vallaud-Belkacem et bien d’autres s’offusquent et crient au scandale: l’amalgame est en effet choquant et scandaleux.

Alors que celui qui assimile tout opposant au mariage pour tous à une brute homophobe, refusant le progrès (pourtant proposé la main sur le cœur par nos gouvernants) n’a, lui, rien de choquant.

Mais c’est vrai qu’il est dans l’air du temps cet amalgame là.

Référendum ?

De nombreuses personnes appellent de leurs voeux un référendum sur la question du mariage et de l’adoption par des couples homosexuels ; sans aucune certitude sur l’issue d’un tel référendum, ils souhaitent pour l’essentiel -et au minimum- provoquer un débat.

Deux arguments principaux sont opposés à cette demande: le premier est qu’il y a déjà eu un débat puisque le projet de loi sur le mariage pour tous figurait dans le programme du candidat Hollande et le second est tiré d’une prétendue impossiblité constitutionnelle d’organiser un référendum sur ce sujet.

Ce dernier argument est erroné : l’article 11 de la Constitution, dans sa rédaction issue de la modification de 2008, autorise les référendums sur les réformes relatives à la politique sociale. On peut bien évidemment interpréter la notion de « politique sociale » dans un sens restrictif, afin d’en exclure les questions sociétales comme celle sur le mariage et l’adoption par des couples homosexuels.

Mais en réalité, la notion de « social » est bien plus large puisqu’elle vise tout ce qui se rapporte aux « rapports entres les hommes en communauté » ou encore, tout ce qui est relatif aux « relations réciproques entre les membres d’un groupe » (Dictionnaire Petit Robert qui précise même dans la définition de « social » : « qui forme une société ou un élément de société. La famille, élément social »).

Le prétendu obstacle constitutionnel n’est donc qu’un élément de langage.

Et puis l’article 3 de la Constitution précise bien que la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Même si la Constitution organise les conditions et les cas dans lesquels s’exerce le référendum, il n’y a en réalité aucun obstacle à ce qu’un référendum soit organisé sur n’importe quel type de sujet ou de projet de loi: l’expression directe de sa volonté par le peuple constitue en effet la forme première de l’expression démocratique, et là où la représentation nationale n’est finalement qu’une fiction, le référendum est au contraire l’expression directe de la souveraineté.

De plus, la loi référendaire ne peut être remise en cause par aucune autorité: en particulier, le Conseil constitutionnel refuse de contrôler la constitutionnalité d’une loi référendaire au motif -justement- qu’une telle loi constitue l’expression directe de la souveraineté nationale.

Il n’y a donc aucun obstacle juridique réel à ce que le projet de loi soit soumis à référendum.

Le premier argument en revanche -celui selon lequel la loi sur la mariage et l’adoption par des couples homosexuels figurait dans les promesses de campagnes de François Hollande- parait plus fondé.

En effet, même s’il est vrai que cette promesse de campagne n’avait pas pris une place prépondérante dans les débats précédant les élections présidentielles, il reste qu’elle figurait clairement dans le projet de François Hollande (et qu’aucun électeur ne pouvait l’ignorer).

Le problème vient sans doute du fait que l’on croit bien trop souvent qu’un candidat ne tient jamais ses promesses; à force de l’entendre on finit par y croire… Or, il n’y a aucune raison qu’un candidat ne tienne pas une promesse qui ne coûte rien, qui lui assure l’adhésion d’une partie de son électorat et qui a priori ne lui fera pas perdre une autre partie de son électorat (ou en tout cas seulement dans des proportions mesurées). Et le mariage et l’adoption par des couples homosexuels rentre bien dans cette catégorie.

Bien sûr que François Hollande ne tient pas toutes ses promesses : il avait dit qu’il mettrait fin à la Françafrique et s’est engagé dans deux opérations militaires en quelques mois en Afrique; il avait dit qu’il serait le président du dialogue et refuse obstinément tout dialogue ou concertation sur le mariage pour tous; il avait dit qu’il ne s’impliquerait pas dans la campagne des législatives et a soutenu Ségolène Royal; il voulait créer des Eurobonds et en a finalement abandonné l’idée; etc.

Mais il reste que dans les grandes lignes, il tient bien sûr ses promesses et met en oeuvre la politique qu’il a annoncée pendant la campagne : il n’y a donc aucune raison pour qu’il ne fasse pas une réforme qui ne lui coûte rien ni financière, ni politiquement.

En définitive, je me demande combien, parmi les manifestants de dimanche dernier, ne sont pas allés voter contre François Hollande en mai et en juin derniers? Car, même si le droit de manifester et d’exprimer son opinion dans la rue constitue un moyen d’opposition, il reste que d’un point de vue des principes, c’est en mai et juin derniers qu’il fallait vraiment s’opposer au mariage pour tous.

Comme on dit souvent : ne pas faire de politique, c’est faire celle des autres. Alors à tous les manifestants de dimanche dernier qui ne s’étaient pas déplacés au printemps dernier (sans raison valable bien sûr), je dis que la loi sur le mariage pour tous, c’est un peu la vôtre.

Cela étant, compte tenu de l’importance du sujet et de la très grande mobilisation qu’il suscite aujourd’hui, il faudrait bien sûr organiser un référendum.

Madame Vallaud-Belkacem elle-même l’admet lorsqu’elle dit que le gouvernement est déterminé à mener cette réforme « historique » (qu’elle qualifie naturellement de « progrès ») : car si elle est effectivement historique (ce que personne ne conteste), elle ne peut alors émaner que d’une expression directe du peuple. Et même si l’on ne peut pas prétendre qu’aucun débat n’a eu lieu sur ce projet pendant la dernière campagne électorale, il reste que les quelques discussions ou débats où l’on a parlé du mariage et de l’adoption pour tous ne peuvent en aucun cas être suffisants pour légitimer une telle réforme historique.

 

 

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